Les étapes du deuil

Le deuil a la même racine latine que la douleur exprimé par le mot « dolus ». Ainsi, l’expression « faire son deuil » veut dire « passer à travers sa douleur ».

On entend par deuil la perte d’un être cher, d’une situation importante pour nous, d’un état (état de santé…), d’une idée ou d’une valeur à laquelle on est attaché.

Le travail de deuil est possible non seulement au niveau de la perte d’un proche, mais il est également transposable dans le domaine sentimental (rupture), dans le domaine professionnel (fin d’un contrat, licenciement, retraite…) ou dans le domaine de la santé (deuil de sa santé, de son corps sain…).

Le deuil représente le cheminement que connaît toute personne exposée à cette perte jusqu’à ce qu’elle réapprenne à vivre en son absence.

Le « travail de deuil » est un ainsi un processus d’oubli de cette perte.

Le deuil est un processus normal et universel auquel nous avons été, nous sommes ou nous serons tous un jour confrontés.

Le travail de deuil fragilise les individus. Il provoque des réactions :

  • Physiques (épuisement)
  • Psychologiques (émotions, sentiments, pensées mobilisant l’esprit)
  • Sociales et relationnelles (isolement)

1. Les 7 étapes du deuil

La résolution du deuil se fait par étapes successives. Les phases du deuil ont été présentées la première fois par la psychologue Elizabeth Kübler-Ross (initialement 5 phases).

Ces 7 étapes sont linéaires, bien qu’il soit possible de faire des retours en arrière.

Les 7 phases du seuil sont :

Etape 1 – Le Choc 

Le Choc a lieu au moment où l’annonce de la nouvelle est faite. Celle-ci déclenche un état de trouble émotionnel très fort, un traumatisme (pic d’adrénaline). Cette annonce laisse la personne sans émotion apparente. Le terme de sidération peut tout à fait convenir pour qualifier la réaction de la personne face à l’information transmise.

Etape 2 – Le Déni

Le déni est un mécanisme de défense : c’est le refus de croire l’information. Cette phase peut être courte, mais certaines personnes peuvent s’enfermer dans cet état de déni qui sert de refuge.

Etape 3 – La colère 

La confrontation avec les faits va engendrer une attitude de révolte tournée vers soi et/ou vers les autres (le disparu, les proches, l’équipe médicale…).  

La personne peut s’emporter ou s’enfermer dans le plus grand mutisme. Des pulsions de vengeance peuvent ainsi la pousser à avoir des comportements qu’elle ne comprend pas elle-même. En fait, la personne est confrontée à l’impossibilité d’un retour à la situation première. Elle doit faire le deuil, et passe par de nombreuses émotions : sentiment d’injustice, culpabilité, reproches, remords, ressentiments, dégoûts, de la répulsion, séduction ou agression.

Cette phase peut être accompagnée de marchandage : On promet à une « entité invisible » de ne plus faire telle ou telle chose si la situation originelle pouvait revenir (phase qui prend une tournure « magico-religieuse »).

Etape 4 – La tristesse 

La tristesse est un état de désespérance qui peut conduire parfois à la dépression. L’endeuillé n’a plus le goût a la vie, il n’a plus envie de rien. Il reste passif. La tristesse est causée par :

  • Une conscience des conséquences de la perte
  • Un sentiment de perte de contrôle et de pouvoir sur sa vie
  • Une perte de sens et de repères
  • Des incertitudes qui génèrent des peurs et des inquiétudes (désorientation)
  • Un sentiment d’incompréhension de l’entourage sur ses ressentis et besoins
  • Une image de soi négative provoquée par les changements engendrés et/ou le sentiment d’inutilité sociale perçue
  • L’isolement, la solitude, l’exclusion

Etape 5 – La résignation 

La résignation est l’abandon de la lutte. Cet abandon est nécessaire pour évoluer et se reconstruire.

  • Pour guérir d’une perte, il faut s’y résigner et accepter ses répercussions sur sa vie : il faut « vivre avec ».
  • Il faut renoncer à nos prévisions, attentes, visions de l’avenir.

Etape 6 – L’acceptation 

Dans cette étape, la personne accepte la perte.

  • L’acceptation consiste à s’approprier la perte : c’est une réorganisation psychique.
  • Il faut connaître ses limites, en prendre conscience, les accepter et analyser/déterminer les possibilités et les opportunités.

Etape 7 – La reconstruction 

C’est une nouvelle vie qui est envisagée. l’acceptation seule ne suffit pas, il faut reconstruire progressivement. Le sentiment de vulnérabilité fait place à une nouvelle énergie. Il s’agit de :

  • Réorganiser sa vie en fonction de la perte
  • Changer le sens donné à sa vie : définir de nouveaux objectifs
  • Reconstruire son image de soi : redéfinir son identité sociale et/ou physique
  • Reconstruire son rapport aux autres, au travail, à la vie
  • S’appuyer sur ses relations sociales : rechercher et accepter le soutien social (famille, amis, collègues, professionnels de santé…)
  • Apprendre à vivre selon ses nouveaux rythmes : programmer et organiser ses activités/son environnement différemment

2. Les perturbations du travail de deuil

Les perturbations du travail de deuil peuvent prendre plusieurs formes :

Le deuil absent ou retardé

Dans le deuil absent ou retardé, le sujet ne manifeste aucune réaction de tristesse à la suite du décès, poursuivant sa vie « comme si de rien n’était » ou n’exprimant qu’une sorte de désarroi ou d’anxiété.

Cette attitude traduit un déni inconscient, et parfois même conscient, de la réalité de la perte. C’est un mécanisme de défense.

Le deuil intensifié

Dans le deuil intensifié, le sujet paraît débordé par l’intensité des manifestations de son deuil (colère, sentiment de culpabilité vis-à-vis du mort).  

Le deuil inachevé 

Le deuil inachevé peut se présenter sous différents aspects :

  • Dans certains cas, les manifestations du deuil persistent sans décroître au-delà de la période habituelle (6ème-12ème mois)
  • Dans d’autres cas, le sujet semble avoir abandonné les marques extérieures du deuil mais continue à vivre « dans le passé » : ces deuils inachevés peuvent se manifester plusieurs années après par des débordements émotionnels lors des dates anniversaires, par des comportements de recherche de la perte et/ou par un renoncement persistant à tout nouvel investissement, que ce soit dans le domaine relationnel ou dans le domaine des activités de loisir personnel.

 

Articles à consulter :

Sources :

Kübler-Ross, E. (1975). Les derniers instants de la vie. Genève : Éditions Labor et Fides.

Hardy, P. Deuil normal et pathologique. Cours de psychiatrie du CNUP (Collège National des Universitaires en psychiatrie). Cours en ligne.

Horowitz M. J., Siegel, B., Holen, A., Bonanno, G. A., Milbrath, C., Stinson, C. H. (1997). Diagnostic criteria for complicated grief disorder. Am J Psychiatry 1997 ; 154 : 904-910.

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